De la relativité de la propriété de la terre

Le projet de Sarah Vanuxem est de montrer deux choses. D’abord que nous devons chercher à vivre avec les non humains, à respecter leurs droits ; ensuite que ceci peut se faire à l’intérieur de notre tradition juridique, sans créer d’autres institutions.

Nous devons respecter les droits des animaux, mais aussi des plantes, des paysages, et négocier avec eux les conditions d’une coexistence positive. C’est vrai pour les loups, les montagnes, le littoral etc.

Pour ce faire, certains proposent de donner une personnalité juridique aux non humains. Ce serait paradoxal car il s’agirait d’appliquer aux non humains la logique naturaliste qui nous conduit à leur nier l’existence. Au contraire Sarah Vanuxem propose de considérer que la propriété consiste à habiter un lieu (s’approprier à) et non à considérer ce lieu comme une chose soumise (s’approprier le). Si la propriété est le fait d’habiter, donc de faire valoir un droit d’usage, elle n’est pas exclusive, d’autres peuvent avoir d’autres usages d’un même lieu. Et le lieu devient de fait un objet juridique, pas besoin de le personnifier.

La propriété est le pouvoir de faire quelque chose en un lieu, et non le pouvoir sur un objet ou un lieu.

Ceci serait cohérent avec les origines de notre droit (le droit romain), c’est donc une transformation de l’intérieur que nous devrions amorcer, et non une création de nouveaux droits ou institutions. Dans le droit coutumier les droits des paysans n’étaient pas attachés à leurs personnes mais aux lieux où ils vivaient, le droit était lié à une terre, une maison, ce que reconnaît l’article 544 du code civil en reconnaissant aux communes ou aux sections de communes – ou plus précisément aux habitants de ces lieux – des droits. Ce sont les physiocrates qui ont introduit l’idée d’une propriété comme pouvoir de s’approprier un lieu. Pour Hobbes toute chose inanimée peut être considéré comme sujet de droit.

Les lieux et êtres non humains ne seraient donc plus des êtres mutiques mais des lieux de résolution de conflit, donc des sujets juridiques en tant que tels. Leur représentant ne serait pas un porte-parole mais un diplomate chargé de trouver une solution au conflit.

Il s’agit de passer d’une conception naturaliste du droit à une conception analogique, celle qui était jusqu’à la Renaissance. Et aussi à une conception communaliste.

Sarah Vanuxem, La propriété de la terre, Wildproject, 2018.

Sarah Vanuxem, Des choses de la nature et de leurs droits, éd. Quae , 2020.

L’écologie sociale (Bookchin)

Murray Bookchin, L’écologie sociale, Wildproject, 2020

Un anarchiste qui cite plus facilement Hegel que Marx, qui n’hésite pas à utiliser des termes tels que la résurrection ou le jardin d’Eden, c’est assez rare.

Ce recueil de textes de Bookchin est assez varié, et on y retrouve des thèmes abordés par d’autres auteurs, comme la sensibilité à la nature, le débat nécessité liberté, la symbiose, la question du sens de l’évolution. D’autres sont plus originaux ou présentés de façon nouvelle pour moi tout au moins, la relation entre domination des hommes et domination de la nature, la sensibilité à la nature comme histoire, l’adaptation de la société à son contexte biologique, la valorisation de la complexité et la définition de l’écologie sociale.

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Le loup, l’agneau et le berger

Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, Actes sud, 2020

Voilà un livre original, qui combine le récit du pistage des loups dans la montagne et une réflexion philosophique affûtée. Les oppositions entre les éleveurs de moutons et les défenseurs du loup, et les oppositions entre le naturalisme, l’animisme et les antispécistes. L’idée force est que nous faisons tous partie du vivant, comme les fils d’un tissu, et que la crise écologique est une crise de notre sensibilité. Lire la suite « Le loup, l’agneau et le berger »

Amour de la nature et engagement

A propos de l’ouvrage de Glenn Albrecht, Les émotions de la terre, Les liens qui libèrent, 2020.

L’auteur est connu pour avoir créé le concept de solastalgie, le sentiment de perte liée à la dégradation du milieu naturel, du paysage. Il reprend dans cet ouvrage l’histoire de ce concept et en avance un nouveau, le Symbiocène. C’est un ouvrage nourri de références anglo-saxonnes, plus quelques incursions vers la psychanalyse. Nous ferons Lire la suite « Amour de la nature et engagement »

L’avenir circulaire, à quoi cela ressemblera ?

A propos d’un article de Thomas Bauwens⁎, Marko Hekkert, Julian Kirchherr, Circular futures: What Will They Look Like?

https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2020.106703

Ecological economics, 15 mai 2020

Qu’est-ce que l’économie circulaire ? Une tendance défendue par de nombreux acteurs, de tous bords, chef d’entreprise et écologistes de terrain, mais sans définition précise, et surtout peu contextualisée. Les auteurs de cet article tentent de caractériser, classer les différentes formes de cette Lire la suite « L’avenir circulaire, à quoi cela ressemblera ? »

Diminuer la productivité pour libérer le travail

Histoire de deux utopies : le travail dans un monde de l’après-croissance

Simon Mair⁎, Angela Druckman, Tim Jackson, Ecological Economics, 21 mars 2020 https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2020.106653

Les auteurs de cet article réussissent un tour de force, annoncer que dans le futur nous travaillerons plus et promouvoir le revenu universel. Du coup je serai presque favorable à la proposition du revenu universel telle qu’elle est présentée.

En s’inspirant librement des utopies des siècles précédents, dont ils considèrent Lire la suite « Diminuer la productivité pour libérer le travail »

La pyramide inversée, une vision de l’économie réelle

La pyramide inversée, Louison Cahen-Fourot, Emanuele Campiglio, Elena Dawkins, Antoine Gaudin, Erik Kemp-Benedict, (Université de Vienne, Institute for ecological economics, 2019)

On analyse habituellement le poids d’un secteur économique à sa part dans la valeur ajoutée (sa part dans le PIB), c’est-à-dire approximativement en référence au poids de la main d’œuvre employée et à l’usage du capital. Une autre façon de Lire la suite « La pyramide inversée, une vision de l’économie réelle »

Croissance et démocratie, un couple à réinventer

Note de lecture de Pierre Charbonnier, Abondance et liberté, Une histoire environnementale des idées politiques, La Découverte, 2020

C’est un ouvrage un peu long, mais partager une conviction forte : il est possible de faire advenir une écologie politique à la hauteur des enjeux de la crise de la biosphère, à condition de réinventer l’idéal de liberté hérité de la Révolution française, et de l’associer à la protection du territoire comme garant de notre liberté. Il est possible de choisir une Lire la suite « Croissance et démocratie, un couple à réinventer »

Le temps et l’espace de la démocratie écologique

Il y a une contradiction entre le temps court de la démocratie et le temps long des enjeux écologiques, mais ce n’est pas en bricolant les instances démocratiques dans le cadre territorial actuel que l’on pourra dépasser cette contradiction. Il faut repenser le cadre territorial dans la perspective de la conversion écologique et démocratique. Le cadre des grands États n’est compatible ni avec les enjeux écologiques, ni avec un réel processus démocratique (le processus formel est respecté mais en mode très dégradé). Lire la suite « Le temps et l’espace de la démocratie écologique »

Lettre à nos élus sur la PMA

Voici la lettre que j’ai envoyée à mon député et à mon sénateur.

Monsieur le Député,

Vous avez débattu de la révision de la loi de bioéthique, et vous serez appelé à la voter en seconde lecture début 2020. Avant cette étape décisive, je voudrais vous alerter sur les dangers que je ressens vis à vis de ce projet.

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