La régression transhumanisme

Les partisans du transhumanisme, en Californie, rejoignent de fait les préoccupations des peuples primitifs pour qui la mort était incompréhensible, et qui ont inventé des cérémoniaux pour faire vivre les morts après la mort.

Cette réflexion m’est venue en lisant Le phénomène de la vie (Hans Jonas, PUF, 2026). Hans Jonas décrit remarquablement l’évolution de l’approche de la vie et de la mort dans les sociétés humaines. Au début domine le monisme vitaliste animiste, tout est vie dans le monde. La question c’est la mort.

Puis apparaît le dualisme, la découverte d’une vie indépendante du corps, « Je pense donc je suis » dit Descartes, et progressivement le monde devient un monde de choses inertes, un monde de natures mortes, à l’exception de l’homme. La question devient celle de la vie, comment est-elle apparue dans un monde à priori inerte ? Cette question va mobiliser des générations de chercheurs.
Les humains décédés sont des cadavres, « Tu es poussière et tu retourneras en poussière »(Genèse 3, 19) dont l’âme s’échappe.

Aujourd’hui l’âme disparaît progressivement de notre culture et nous revenons à un monisme, mais un monisme matérialiste, seul le matériau compte, les transhumanistes qui ne peuvent envisager ni un avenir dans l’au-delà comme les égyptiens qui enfermaient dans les sarcophages des statuettes de serviteurs pour accompagner le voyage du mort, ni une résurrection à la fin du mode comme les chrétiens, ni la réincarnation comme les Bouddhistes, en sont réduits à chercher comment empêcher le corps – conçu comme une machine, comme les animaux machines de Buffon – de vieillir et mourir.
Ils reviennent à la position des peuples primitifs mais qui avaient trouvé des solutions plus simples.

Pourquoi la mort est-elle cachée dans nos sociétés contemporaines ? Parce que, peut-être, nous sommes encore dans cette phase de transition entre le dualisme corps esprit qui suppose de croire en l’âme, et le monisme matérialiste. Sans aborder la question spirituelle ni la nier, les coopératives funéraires ouvrent une voie de réappropriation de la mort. Et par ailleurs l’humisation (les sépultures sans caveau cimentés) réalise la parole « Tu es poussière et tu retourneras en poussière » ainsi que l’unité entre humains et autres qu’humains puisque les corps une fois décomposés et intégrés dans le sol, nourriront la terre et tous les êtres qui y vivent ou en dépendent.

Un nouveau monisme essaie de se faire jour, qui reprend le monisme vitaliste – tout est vie dans le monde – tout en gardant le dualisme corps-âme. C’est un dépassement de l’alternative monisme/dualisme.

Le transhumanisme basé sur un monisme matérialiste est donc une régression anthropologique, il nous ramène aux débuts de l’humanité, en l’appauvrissant. Et ses promoteurs étant aussi ceux qui développent la et sa consommation ahurissante d’énergie et d’eau, ils préparent aussi la fin de l’humanité. Ils sont extrêmement dangereux.

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