Connectivité ou résilience ? Il faut choisir

Anatomie et résilience de l’écosystème global de production (GPE). Article paru dans Nature, 6 novembre 2019

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Cet article propose une vision systémique de la sphère de production biologique qui est très intéressante. La notion de diversité des productions rejoint le mouvement de renaissance des vieux légumes, des céréales diversifiées pour le pain, la sauvegarde des espèces d’élevage menacées.

La proposition de réduction de la connectivité rejoint le principe de relocalisation, non pour des raisons énergétiques ou sociales, mais pour des raisons de résilience globale.

On voit bien que diversité et relocalisation sont des impératifs aussi bien sociaux que biologiques. L’intérêt des hommes est le même que celui de la biosphère.

D’un long de vue théorique on peut rapprocher ce modèle à trois dimensions diversité connectivité résilience, du modèle de Holling croissance connectivité résilience. Dans le modèle de Holling les trois dimensions ne peuvent pas croître toutes les trois ensemble, donc si un système croît en augmentant la connectivité, sa résilience diminue. Dans cet article, si la connectivité augmente et que la diversité diminue la résilience diminue. On pourrait remplacer diversité par homogénéité : si l’homogénéité et la connectivité augmentent, la résilience diminue. Pour maintenir la résilience, dans le premier cas il faut choisir entre connectivité et homogénéité (ou mieux diminuer les deux), dans le second entre croissance et connectivité.

La fin de l’article est à la fois décevante et intéressante. Intéressante parce que les auteurs esquissent ce qui pourrait être une solution, l’engagement fort des acteurs économiques, sociétés de production,  secteur financier et gouvernants (pour les mécanismes de transparence et traçabilité), mais peut-on y croire ?

Décevant car on ne voit pas comment y croire quand on voit les pratiques des sociétés pétrolières et minières, des banques, des syndicats agricoles dominants. Mais peut-être n’a-t-on pas d’autre choix que d’y croire, peut-être faut-il choisir d’y croire et de soutenir ? Sans leur engagement c’est vrai que la rupture est probable, avec leur engagement, au cours de cette décennie, des espoirs sont possibles.

Résumé de l’article

75 % de la surface des habitats terrestres sont occupés par l’homme. Les 2/3 des forêts boréales sont exploitées, principalement pour le bois. 90% des pêcheries industrielles sont soit sur exploitées soit au maximum de leur exploitation. Comme les espaces disponibles pour de nouvelles populations ou production se font rares on intensifie. Tout est de plus en plus connecté. On transforme la biosphère en un système global de production.

Dans ce contexte il faut considérer la biosphère comme un système global socio écologique, un écosystème global de production (GPE). Sa résilience est une caractéristique fondamentale pour la durabilité de notre système. Nous allons décrire la résilience avec trois dimensions, connectivité, diversité et feed-back.

Nous allons décrire comment l’anatomie influence la résilience, et conclurons sur trois pistes de collaboration pour l’avenir.

Le GPE est le résultat de la simplification continue de l’écosystème, de l’intensification et de la dépendance croissante de la production d’apports humains, l’expansion des marchés mondiaux interconnectés.

Connectivité : la dépression de l’isolation

La connectivité se développe de plus en plus. Le quart des terre cultivées et le quart des ressources en eau sont utilisés pour des produits destinés au commerce international. L’intégration horizontale (entre zones) et verticale (entreprises multinationales) renforce l’homogénéisation des espèces (gènes, variétés, récoltes).

Diversité : quand plus devient moins

La sélection des variétés produit une baisse de la diversité. Les forêts boréales sont remplacées par des plantations d’arbres intensives pour le bois, les forêts tropicales par des monocultures intensives, les écosystèmes méditerranéens par des plantations de pins. Dans les prairies l’intensification modérée aboutit à une homogénéisation de la flore bactérienne, des plantes et des animaux, au-dessus et au-dessous du sol.

C’est la même chose pour la production alimentaire. Plus de 80% de la production aquacole est faite avec 30 espèces. La production de viande provient pour 40% de poulets et 34% de porc.

Feed-back : découplage dans un Monde hyper connecté

Paradoxalement, l’hyperconnexion dans et entre les production a diminué les relations de feed-back de l’écosystème.

D’abord il est évident que les productions intensives ont découplé la production des écosystèmes des process nécessaires à leur maintien (régulation). A la place on utilise des apports humains et des produits mimétiques de l’action de la nature. Par exemple remplacer le cycle naturel des nutriments (dégradation transformation réutilisation) par des engrais chimiques. Remplacer la lutte contre les prédateurs par des insecticides. Ceci peut diminuer la capacité de l’écosystème à maintenir la productivité dans le temps. La production agricole intensive provoque l’érosion des sols, la perte des pollinisateurs, la dégradation des écosystèmes littoraux.

Découplage géographique : un quart de la production agricole est destinée au marché mondial. Le découplage spatial permet de remplacer des espèces par d’autres et que le consommateur ne s’aperçoive de rien. On remplace des espèces de poissons disparaissant par d’autres, le besoin de déforestation est déplacé dans d’autres pays. Au total on augmente la pression et un déclin global en résulte.

Découplage vertical

Le modèle global de production déconnecte la consommation des effets liés à cette consommation et à sa production. Ceci va plus loin que les effets collatéraux, comme les épidémies de maladies infectieuses, la pollution ou la perte de biodiversité. La consommation induite par le commerce lui-même consomme des équivalents espace et des ressources en eau.

La croissance de cette production délocalisée est soutenue par le système financier. De nouveaux types d’assurances ne sont plus calculées en fonction de la perte de récolte mais selon un index, par exemple un seuil de précipitations. Mais ces contrats sont souvent associés à des cultures commerciales de type simplifiées et homogènes ce qui augmente la précarité des petits agriculteurs et leur capacité à s’adapter à des variations climatiques extrêmes.

La résilience du GPE

On analyse un système comme un ensemble de nœuds et de liens. La façon dont les nœuds sont disposés peut augmenter ou diminuer la résilience d’un réseau. L’étude des flux commerciaux agricoles a montré que le réseau est hétérogène, des pays ayant peu de connections d’importation et beaucoup d’exportation et inversement. L’étude a aussi montré que le système à été délocalisé du fait de la globalisation. Ces deux effets ont diminué la résilience du réseau alimentaire depuis 20 ans et l’ajout de nouveaux circuits ou routes commerciales diminuerait encore la résilience.

Relations entre connectivité et diversité des nœuds du réseau (comment les nœuds sont différents les uns des autres). L’étude montre que dans un système ou la diversité est forte et la connectivité faible la réponse aux perturbations est graduelle. Au contraire si les nœuds sont peu différents et fortement reliés les réponses sont plus synchronisées. La crise financière en a donné un exemple avec un petit nombre de banques très connectées et ayant des modèles de management de risques analogues. Connectivité et diversité déterminent la façon dont un système  a un comportement d’augmentation ou de réduction des perturbations qu’il peut subir.

Dans le GPE l’intensification a renforcé les liens du réseau et la globalisation a réduit la diversité des modes de réponse des espèces, des secteurs et des institutions ainsi que leur potentiel à compléter la production des autres (perte de redondance).

Les pertes de production dues aux variations du climat ou aux maladies sont combattues par des dispositifs qui diminuent ces risques à court terme mais qui peuvent augmenter les risques à long terme. Des systèmes mis sous pression de limitation des variations court terme (sélection génétique, pratiques agricoles) deviennent  moins capable de résister aux variations à long terme.

Par exemple des petits feux de forêts permettent le développement des espèces plus résistantes aux feux et de résister à de plus grands feux. Inversement quand les petits feux sont supprimés l’homogénéité de la forte augmente et le risques des feux importants augmente aussi.

Comme la connectivité et l’homogénéité des productions et des pays augmentent, les chocs limites à une Région donnée deviennent beaucoup plus larges. La capacité du GPE de fournir la production alimentaire doit être évaluée à la nécessaire diversité de la production pour limiter les risques, en incluant les techniques génétiques et  la biologie de synthèse.

Vers un GPE soutenable

1/ l’usage de la production de la biomasse doit se faire sans détruire le fonctionnement de la biosphère

2/ la connectivité doit être utilisée pour développer la soutenabilité

3/ la diversité biologique et sociale est renforcée pour renforcer la capacité d’adaptation au changement

4/ les boucles de rétro action sont renforcées pour éviter la baisse de la résilience.

Trois entrées vers un GPE soutenable.

Réorienter la finance vers le soutenable

Par exemple le fonds norvégien de retraite a retiré ses fonds des sociétés impliquées dans l’exploitation de l’huile de palme. Les compagnies d’assurance pourraient refuser d’assurer les navires faisant de la pêche illégale. Les prêts pourraient être bonifies pour les activités respectant les critères de respect de la biodiversité.

Le marché des fonds verts augmente rapidement. De rien il y a dix ans, a 40 millions $ en 2014, 150 millions $ en 2017, 250 en 2019. Reste à savoir comment ils sont utilisés.

Transparence radicale et traçabilité

Les labels et certifications sont très utiles pour que les consommateurs orientent leurs choix.  

Des acteurs clefs comme agents du changement

Les acteurs traditionnels dans le domaine de la GPE sont élus peuples indigènes, les ONG, les institutions, mais désormais émergent de plus en plus des corporations professionnelles internationales, qui engagent des actions qui peuvent modifier les systèmes de production et de commercialisation.

Les scientifiques ont un rôle dans ce contexte. Par exemple des scientifiques collaborent avec les sociétés de pêche les plus importantes dans le cadre du Seafood Buisness for océan stewardship crée en 2016. Les résultats à long terme sont encore à venir les 10 sociétés engagées dans cette opération peuvent avoir un impact sur 600 filiales implantées dans 90 pays.

Bien sûr il y a des risques, pour les scientifiques si les entreprises utilisent ce partenariat pour faire du Green wasching, pour les entreprises si elles augmentent leurs coûts et deviennent moins compétitives par rapport à d’autres sociétés qui en se sont pas engagées dans cette démarche.

S’il n’y a pas de changement fort dans les dix prochaines années nous aurons un changement climatique et une rupture dans le GPE. Le GPE est lui-même un facteur du changement puisqu’il est responsable de près du quart des émissions anthropogéniques de gaz à effet de serre depuis dix ans.

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