Fratelli tutti

Cette encyclique du pape François publiée le 4 octobre 2020 est en fait une reprise de ses nombreuses interventions et discours sur le thème de la fraternité, appuyée sur des références aux textes des papes précédents. D’où une impression de patchwork, mais avec une ligne de fond, l’appel à la fraternité est nécessaire, et la fraternité est possible. Ce qui n’est pas évident pour tous, et important à défendre.

Nous n’insisterons pas sur ce qui nous paraît évident, mais qui ne l’est pas pour tout le monde : la condamnation de la peine de mort et de la guerre ou la critique du libéralisme par exemple.

Un état des lieux très critique

Retenons trois points parmi d’autres.

La tendance à oublier notre histoire pour ne raisonner que par rapport au présent instantané, c’est une erreur dangereuse. 13-14

La pauvreté augmente, ceux qui disent que la pauvreté diminue utilisent des indicateurs dépassés.21. Le pape donne l’exemple de l’accès à l’électricité. Il est en effet important d’identifier la pauvreté aux biens réels (accès à l’eau, à la nourriture, logement…) et non pas à un niveau monétaire issu de calculs complexes et discutables.

La guerre se développe sous de nouvelles formes, une troisième guerre mondiale en morceaux  » Ces situations de violence se multiplient « douloureusement en de nombreuses régions du monde, au point de prendre les traits de ce qu’on pourrait appeler une ‘‘troisième guerre mondiale par morceaux’’»  » 25

Le virtuel qui nous coupe de la réalité 33. « Prisonniers de la virtualité, nous avons perdu le goût et la saveur du réel « 

La longue méditation sur le Bon Samaritain est l’occasion de souligner que l’important n’est pas de rechercher le brigand qui a blessé le Samaritain mais de porter secours à celui-ci. Dans notre monde également l’important n’est pas de chercher les coupables de la dégradation, mais de le soigner.

Des principes et des critiques

Trois principes sont énoncés, l’importance de la fraternité, le bien commun, la politique comme forme de charité.

La fraternité est nécessaire à la liberté et à l’égalité, sans quoi ces deux principes sont vidés de leur sens 103-105

Le bien commun est supérieur à la propriété privée 118-120

La politique est une forme de la charité 180, avec l’exemple du pont et de la rivière à traverser 186  » Si quelqu’un aide une personne âgée à traverser une rivière, et c’est de la charité exquise, le dirigeant politique lui construit un pont, et c’est aussi de la charité.  » (Mao Tse Toung avait écrit à peu près la même chose avec une histoire de poisson et de canne à pêche).

Les critiques portent sur la conception du marché d’une part, de la communication comme paraître d’autre part.

Le marché ne peut pas tout résoudre, la théorie du ruissellement est fausse, le ruissellement augmente les inégalités 168

La recherche constante du paraître,  » du maquillage médiatique  » dans ses formes du marketing et des réseaux sociaux  » n’aboutit qu’à semer la division, l’inimitié et un scepticisme désolant  » 197

Des orientations d’action

Les orientations portent sur trois points, l’accueil de son prochain, la démocratie et l’action internationale.

L’accueil du prochain c’est :

Accueillir les migrants et là le pape est très précis :  » augmenter et simplifier l’octroi des visas, adopter des programmes de parrainage privé et communautaire, ouvrir des couloirs humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables, offrir un logement approprié et décent, garantir la sécurité personnelle et l’accès aux services essentiels, assurer une assistance consulaire appropriée, garantir leur droit d’avoir toujours des documents personnels d’identité, un accès équitable à la justice, la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires et d’avoir ce qui est essentiel pour leur subsistance vitale, leur donner la liberté de mouvement et la possibilité de travailler, protéger les mineurs et leur assurer l’accès régulier à l’éducation, envisager des programmes de garde provisoire ou d’accueil, garantir la liberté religieuse, promouvoir l’insertion sociale, favoriser le regroupement familial et préparer les communautés locales aux processus d’intégration.  » 130

Donner la possibilité de travailler pour tous 162.  » j’insiste sur le fait qu’« aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail » « 

Faire que le peuple ait toute sa place comme acteur indispensable dans la démocratie. C’est une idée force du pape François, la démocratie ne vit que par l’implication du peuple, ce ne sont pas ses dirigeants qui la font vivre.  » Il faut penser à la participation sociale, politique et économique de telle manière « qu’elle [inclue] les mouvements populaires et anime les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun ».  » 169

Rénover et soutenir l’action de l’ONU 173. Cette proposition est importante à un moment où beaucoup de croient plus en la capacité de cette instance de réguler les conflits mondiaux. Ce n’est pas un « machin » dont parlait de Gaulle, c’est un vecteur de l’unification dans la paix. Et l’Eglise y est présente.

Privilégier les accords multilatéraux aux accords bilatéraux 174

Des réflexions de fond

Le pape reprend sa critique du relativisme et la défense des valeurs morales universelles :  » Ce qui nous arrive aujourd’hui et qui nous entraîne dans une logique perverse et vide, c’est qu’il se produit une assimilation de l’éthique et de la politique à la physique. Le bien et le mal en soi n’existent pas, mais seulement un calcul d’avantages et de désavantages. Ce glissement de la raison morale a pour conséquence que le droit ne peut pas se référer à une conception essentielle de la justice mais qu’il devient le reflet des idées dominantes. Nous entrons là dans une dégradation : avancer “en nivelant par le bas” au moyen d’un consensus superficiel et négocié. Ainsi triomphe en définitive la logique de la force.  » 210

Pour conclure le pape réaffirme que l’Eglise a un rôle dans le débat public, citant, au sujet de la politique, Aristote : « L’être humain est un animal politique » 276.

Un regret

Cette encyclique met en valeur la fraternité entre les hommes mais passé complètement sous silence la fraternité avec les non humains, l’ensemble de la Création. Pourtant dans Laudato si le pape François insistait sur le fait que tout est lié, que notre relation est « trine « , avec Dieu, avec les hommes et avec la Création. Aucune trace, ni de la Création, ni du principe que tout est lié.

Il y a bien 18 références à l’encyclique Laudato si dont le rappel des guerres pour les ressources (17) », la critique du consumérisme (39), l’égalité des chances (110), la destruction de la vie sociale (113)…mais aucune sur la relation de l’homme à la nature, l’amour de la nature.

Même la pandémie du Covid 19 n’est pas mise en relation avec nos atteintes à la Création, tout au plus est-ce  » la réalité même qui gémit et se rebelle  » 34, et de citer Virgile.

Pourtant nous ne ferons la paix avec les hommes que si nous faisons la paix avec la nature, et inversement. Tout est lié.

Texte intégral de l’encyclique

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