Peut-on être écolo et catho ? lecture critique du texte de Mgr Dominique Rey

Le petit texte de Mg Rey est intéressant par sa réelle profondeur spirituelle, mais aussi parce qu’il illustre une tendance de l’Eglise plus inquiétante, qui s’appuie sur l’écologie pour avancer des positions les plus conservatrices. Comme si protéger la nature justifiait de revenir à une société humaine d’avant, quand la société était officiellement catholique, où le mariage était indissoluble, les femmes soumises. Il illustre aussi les risques d’un texte qui reprend des lieux communs sur l’écologie profonde et la décroissance sans les étayer et, apparemment, sans bien connaître ces mouvements d’idée ?

Nous avons apprécié…

La citation du livre d’Osée qui illustre très bien la situation dont nous craignons qu’elle arrive : «  le pays est en deuil et tous ses habitants dépérissent, jusqu’aux bêtes des champs et aux oiseaux du ciel, et même les poissons de la mer disparaîtront ».

Une très belle citation du patriarche d’Antioche : « si la nature n’est pas transfigurée, elle est défigurée », ce qui veut dire pour nous, et pour Mgr Rey sans doute, non pas diviniser la nature, mais voir en elle la création de Dieu, y voir le visage de Dieu.

Le résumé de l’interprétation de la Genèse, proposant que l’accent mis sur le commandement « soumettez-la » est le fruit de l’oubli de Genèse 1 « la cultiver et la garder » est bien vu.

L’appel à la frugalité, la maîtrise de ses besoins, au développement de l’économie du don. Le rappel que pour les Pères de l’Eglise, « donner aux pauvres c’est leur restituer ce qui leur appartient déjà » (mais ce n’est pour nous, aujourd’hui, ni donner son superflu ni son nécessaire, c’est partager le nécessaire).

Malgré ce que nous considérons comme quelques erreurs

La deep ecology est nettement condamnée comme une déification de la nature, une tendance irrationnelle de l’écologie. Tout le contraire de ce que montre Eric Charmetan dans Ecologie et philosophie (Médiasèvres, n° 168, 2012). Il y a certes une tendance marginale de la deep ecology qui correspond à cette description, qui est le biocentrisme égalitariste de Paul Taylor. Mais rien à voir avec la deep ecology de Arne Naess par exemple.

La référence à Gaïa est décrite comme « une déesse mère à laquelle on s’adresse à travers divers canaux, forces telluriques, énergie vitale… ». La théorie de Gaïa, dans le monde écologique, est une référence à l’œuvre de James Lovelock. Celui-ci décrit la terre comme un système auto régulé d’un point de vue climatique, sans que l’on puisse déterminer, de manière scientifique, les mécanismes de régulation (comment se fait-il par exemple que le taux d’oxygène soit de 21 % depuis des millénaires, juste le taux nécessaire pour que la vie humaine s’épanouisse ? comment s’est développé le mécanisme de formation d’iode assimilable par l’homme ? etc.). Il a appelé ce système Gaïa.

James Lovelock était médecin, spécialiste de l’analyse de l’atmosphère, scientifique conseil auprès de la NASA… pas vraiment un irrationnel !

Citer la fin du travail (référence sans doute à Rifkin) et rapprocher cette théorie de la décroissance (Georgescu-Roegen) est assez étonnant. Rifkin met la productivité au centre de sa prétendue fin du travail, tandis que Georgescu-Roegen, dont les publications sont antérieures d’un demi-siècle, mettait l’entropie au centre des processus de décroissance. Pas grand-chose à voir…

La tendance conservatrice d’un écologisme chrétien

Nous avons trois points clairs de divergence : la conception systémique (non hiérarchique) de l’écologie, la croissance démographique (donc les limites), la relation à la vérité.

Refuser de souscrire à la Charte de la Terre de l‘UNESCO parce qu’elle affirme que « l’humanité fait partie d’un vaste univers en évolution. La Terre, notre foyer, est elle-même vivante… » serait-ce refuser de considérer que l’Homme fait partie du système vivant ?

Que veut dire refuser que « l’homme se soumette lui-même à l’impératif écologique » ? Qu’il ne faut pas prendre en compte la biodiversité, le réchauffement, les cycles de vie…

Pourtant un peu plus loin, Mgr Rey écrit que « l’homme appartient lui aussi à l’ordre de la création […] Car si l’homme est le seul être capable de détruire la nature, il est aussi le seul à pouvoir lui donner sens et valeur. » Il est donc bien une partie de la création ?

Refuser de prendre en compte les risques de l’augmentation démographique, c’est encore la politique de l’autruche. Augmenter de 50 % la population mondiale, ce qui devrait se passer entre 2000 et 2050, c’est réduire de 50 % les ressources en termes de terres disponibles. Il n’est pas vrai que «  Il y a de la place pour tous sur la Terre » quel que soit le nombre des enfants de Dieu. Il est exact que, selon la FAO, la planète pourrait nourrir 9 milliards d’habitants (mais un nombre infini), mais à condition de modifier notre consommation et de préserver les terres. Ce n’est pas une position de principe, c’est une analyse.

Affirmer qu’ « il n’y a pas d’écologie véritable sans une conversion du cœur de l’homme vers celui de son créateur et Seigneur » c’est faire fi des fondateurs de l’écologie qui n’ont pas attendu l’Eglise pour avancer !

Regretter que l’on puisse « édicter des normes environnementales sévères et strictes et nier toute référence objective au bien ou à la vérité » nous laisse pantois. Est-ce le retour de la Pravda ? Chacun sait que l’objectivité n’est qu’une addition de subjectivités, et que parler de vérité objective est une erreur grave et dangereuse, qui a toujours conduit à des catastrophes.

Un constat commun, des interprétations divergentes

L’ambigüité du discours est plus complexe sur deux points : le lien entre défense de la vie (de la paix) et de la nature, et la relation d’ordre entre le mode de production et les styles de vie.

Le lien entre la défense de la vie humaine et la défense de la nature est une réelle question. Ce point est mis en avant par l’écologie sous la forme de la guerre : ceux qui font la guerre aux hommes font aussi la guerre à la nature, faisons la paix entre nous, nous ferons aussi la paix avec la nature.

Mgr Rey écrit que « protéger l’environnement c’est construire un monde pacifique », en fait pour nous c’est l’inverse, mais les deux sont effectivement liés.

Mais Mgr Rey a une vision plus étroite du respect de la vie, il ne s’agit que de celle des embryons : « le pire danger qui menace notre environnement est l’avortement »… Mgr, le droit des femmes à disposer de leur corps est un droit acquis de haute lutte, que les hommes (au masculin) n’ont pas à leur retirer (voir la polémique actuelle entre l’association des religieuses d’Amérique du Nord et le Vatican).

Il est certain que « la dégradation de l’environnement est étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine », mais cette culture n’est pas réduite à la famille. Affirmer que la défense de la famille fait partie de la défense de l’environnement, que c’est là que l’enfant apprend à aimer la nature, nous laisse perplexe.

Regretter que la consommation soit « érigée au rang d’instrument de mesure des ménages » est pertinent, c’est la critique du PIB. Mais ajouter que ce sont « les styles de vie qui conditionnent les modèles de production » inverse totalement l’ordre des causes. Les styles de vie sont produits par le mode de production. Mais peut-être est-ce là une divergence sur la compréhension du matérialisme historique ?

Mgr Dominique Rey, Peut-on être écolo et catho ? édition Artège, Perpignan, 2012

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