La séparation Homme/Nature en Occident est le plus souvent expliquée soit par des origines bibliques, une interprétation de la Genèse, de l’homme appelé à dominer (Lynn White),soit par la philosophie des Lumières et la révolution industrielle. Une troisième hypothèse, non exclusive, est proposée par le philosophe italien Giorgio Agamben[1] : le choix au IIème siècle de la structure trinitaire de Dieu.
Il y a selon Agamben, qui cite Aristote (Aristote 3, 1, 1343 à, cité p. 78) deux modèles d’organisation du pouvoir :
Le modèle politique qu’unifie l’être et l’agir, ou le roi règne et dirige, mais qui ouvre à la possibilité de la multiplicité de rois, à la polyarchie.
Le modèle de l’oekonomia, qui sépare l’être et l’agir, le règne et l’autorité (le roi règne mais ne gouverne pas), qui fonctionne avec la monarchie, un seul roi. » Dieu est le principe transcendant qui guide le monde » (p.28).
Mais le trône est vide (de pouvoir, p.15) à la différence de la conception judaïque où » Dieu enfermé dans les pièces de son palais, fait bouger le monde comme le marionnettiste fait bouger ses marionnettes par le truchement de fils » (p. 28).C’est aussi l’origine de la volonté libre de l’homme, qui n’existe pas dans la pensée classique (p. 96).
La formule le roi règne mais ne gouverne pas est, selon Carl Schmitt, de Thiers (p.122)
Cette séparation libère la praxis et la rend anarchique c’est-à-dire non soumise au pouvoir politique (p. 113).
Ce modèle de la Trinité a été choisi par les pères de l’Eglise au IIème siècle et Hyppolyte au IIIème siècle (p. 78) car il garantissait l’unicité de Dieu. Conséquences, la séparation des pouvoirs, la séparation de l’être et l’agir qui ouvre à l’exploitation des ressources, la primauté de l’oekonomia qui devient progressivement la gestion de l’économie puis l’économie sur le projet politique.
On passe de l’économie du mystère (de Dieu) au mystère d l’économie (Tertullien, p. 89).
Ceci ne va pas sans tensions. Dans le christianisme l’oekonomia est organisée par la Trinité Père Fils Esprit, mais le père et le fils sont aussi en relation verticale.
Le Christ est donc sans fondement ontologique, il est au sens propre an-archique (p.101), voir Reiner Shürmann et Heidegger (p.109).
La crise écologique trouverait donc son fondement dans ce choix fait au début du christianisme et non pas dans la Bible.
[1] Giorgio Agamben, Le règne et la gloire, Homo sacer II 2, Seuil, 2018.