Ce petit livre (Seuil, octobre 2026) est un cri face au danger de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Un cri, argumenté, nourri de multiples expériences vécues, appuyé sur des constats lucides.
Des constats accablants relève au fil des pages : depuis la réforme des retraites, « en 2024, le nombre d’inscrits de plus de 62 ans à Pôle emploi a augmenté de 50% » (p. 9), « les guerres concernent désormais 10% de la population mondiale » (p. 19), « le CICE a permis la création de 100 000 emplois en 2 ans, pour un coût cumulé de 18 milliards d’euros, cela revient donc à 180 000 euros par emploi » (p. 37), « depuis 2018 et la suppression des CHSCT les accidents et les décès au travail ont augmenté de 35% » (p. 68)… On pourrait continuer longtemps !
Des analyses pertinentes : « Nous passons du capitalisme néolibéral, qui visait à mettre les États à son service, au capitalisme libertarien, qui veut détruire l’Etat et supprimer toutes les règles. » ; les deux facteurs qui expliquent ce basculement, la raréfaction des ressources qui relance une période de guerre commerciale, l’intelligence artificielle qui inaugure « une société sans contrôle humain, mais avec une élite d’ultra riches qui exploite la planète. » (p.14-15) ; les trois défis auxquels nous devons faire face, démographique, technologique (IA), écologique (p. 31).
Des propositions qui décoiffent : créer une Sécurité sociale environnementale permettant aux salariés de garder leurs droits acquis s’ils sont licenciés parce que leur entreprise « jugée polluante doit fermer ou se transformer » (p. 48) ; mettre en place le « libre échange » alternatif au choix mortifère entre le libre échange et la guerre commerciale (p. 53) : imposer « le made in France et le made in Europe dans les marchés publics et la politique d’achat des entreprises » :(p.58) ; « bannir la possession de logements vides, d’avions, d’hélicoptères ou de yachts de loisir » (p. 65) ; relancer une planification démocratique ; attribuer aux salariés « 50% des droits de vote dans les conseils d’administration « des entreprises (p. 70). Ces propositions sont-elles compatibles avec le système capitaliste, avec la séparation capital travail ? Sans doute pas, raison de plus pour les soutenir.
Le vote RN est qualifié de « vote d’espoir » (p. 27). L’autrice a raison, l’espoir doit changer de camp ! On pourra bien sûr discuter certaines affirmations ou positions. La gauche unie pour laquelle Sophie Binet s’est fortement engagée est arrivée en tête des dernières élections législatives, mais sans majorité, avec les conséquences que l’on connaît.
La dernière ligne de cet appel cite Blanqui, ce qui pourra en étonner certains, mais elle peut et devrait nous rassembler : « Ni Dieu ni maître, ni César ni tribun, producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! ».