Les manipulateurs du populisme

Giuliano Da Empoli, Les ingénieurs du chaos, Gallimard, 2019

Voilà un ouvrage stimulant pour comprendre, mais qui malheureusement ne donne pas

directement de pistes d’action. Ce que j’en retire c’est une proximité paradoxale entre l’anarchisme et le populisme. Le populisme serait un dévoiement de l’anarchisme. Il répond aux mêmes aspirations de maîtriser son territoire et son avenir, mais manipule les personnes au lieu de les rendre libres.

L’impact des réseaux sociaux p. 80, citant Sean Parker, un des financiers de Facebook
 » Nous te fournissons une petite dose de dopamine chaque fois que quelqu’un te met un like, commente une photo ou un post… […] Cela transforme littéralement les relations que les personnes entretiennent entre elles et avec la société dans son ensemble. … Seul Dieu sait quel effet cela produit sur les cerveaux de nos enfants », (in Jaron Lanier, Ten Arguments For Delevingne Your Social Média Accounts Right Now, Londres, Thé Bodley Head, 2018).

P 99 « Si pour Lénine le communisme c’était les Soviets et l’électricité, pour les Ingénieurs du chaos le populisme naît de l’union de la colère avec les algorithmes. »

La politique quantique

La société d’aujourd’hui a plus de rapport avec la physique quantique qu’avec la physique déterministe. Les individus sont comme des particules libres. Si l’on rassemble suffisamment de données sur ces particules, on peut les les influencer, ce que font les ingénieurs du chaos en collectant les bases de données.

Chaque particule peut avoir des positions parfois contradictoires. Mais l’analyse permet d’envoyer à chaque individu un message personnalise répondant à ses aspirations. Ce qui a été fait pour le Brexit par exemple.
Donc protégeons nous de ces algorithmes, évitons de nourrir les bases de données, ne nous informons pas via les réseaux dits sociaux.

La démocratie traditionnelle est centripète, celui qui gagne est celui qui se situe au centre de l’échiquier politique.  » La politique devient centrifuge. Il ne s’agit plus d’unir les électeurs autour du plus petit dénominateur commun, mais au contraire d’enflammer les passions du plus grand nombre de groupuscules possible pour ensuite les additionner » p 175, même si des groupuscules ont des orientations contraires, car les messages sont envoyés individuellement à chacun.

 » Nous avons tous commence à ressembler au Lord Chandos d’Hofmannsthal qui, lorsqu’il veut gronder sa nièce de quatre ans pour avoir dit un mensonge, voit la vérité se décomposer en fragments qui à leur tour se fragmentaient sans que rien ne se laisse plus enfermer dans un concept solide comme la vérité. » p 204 on Hugo von Hofmannstahl, Lettre de Lord Chandos et autres essais, Gallimard, 1980, p 80.

 » L’avertissement de Daniel Patrick Moynihan ‘Chacun a droit à ses propres opinions, mais pas à ses propres faits’ pouvait encore avoir de la valeur, mais dans la politique quantique ce principe n’est plus viable. » p 197. En effet chacun reçoit des informations calibrées selon son profil.

Conclusion

« En une génération les progressistes sont passés de ´prenez vos rêves pour la réalité ´ à ‘ prenez la réalité pour vos rêves ‘  » p 193. Les ingénieurs du chaos mobilisent les passions, les rêves, aux contraire des progressistes qui se veulent toujours plus réaliste. Grossière erreur.

Selon John Stuart Mill « pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des hommes de bien » p 179. C’est ainsi que Trump à pu être élu. Nous sommes tous appelés à luter contre le mal, à réveiller les bonnes passions, dont celle de la justice pour tous, de la sécurité (au sens environnementale) pour tous.

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